Monkey Point - Village perdu ou enjeu géopolitique international
Quand on arrive à Monkey Point après deux heures de panga sur une mer agitée, trempé jusqu’aux os par la pluie et les vagues qui font ruer la petite embarcation, les yeux brulant de la houle qui vous a claqué au visage pendant toute la traversée, on ne peut retenir un cri d’admiration face à la beauté du paysage.
Une succession de petites collines rondes et rouges, couvertes d’une dense végétation de cocotiers, bananiers, manguiers et citronniers se jettent dans la mer. Certaines forment des iles minuscules entre lesquelles la pangasaute de vague en vague. On contourne une colline parfaitement ronde qui forme comme une presqu’île et on s’approche de deux rangées parallèles de poteaux en bois qui soutenaient autrefois le ponton. Un panneau accroché à un toit de feuilles de cocotier tressées annonce « Monkey Point ». Un vieux dori* git sur la plage d’argile rouge. Un petit chemin rouge se fraie entre les herbes hautes d'un vert eblouissant et mène au centre de santé qui fait désormais office d’hébergement pour les visiteurs et les natifs qui vivent à Bluefields et n’ont plus de maison ici.
On est accueilli par la famille Duncan, famille créole qui constitue le leadership de la communauté. Allen est coordinateur du développement de la communauté, sa sœur Katrin est institutrice, son frère Pito est garde forestier et rêve de développer ici l’écotourisme entre mer chaude et forêt tropicale. Leur tante Miss Pearl Watson est secrétaire et porte parole du gouvernement territorial Rama. Depuis des années, elle porte à travers le monde la cause de son peuple créole et du peuple Rama : leurs droits sur leurs terres et les riches ressources naturelles qu’elles abritent. La forêt tropicale humide de la réserve biologique Rama contient un patrimoine biologique riche et unique.
La vie à Monkey Point relève plutôt de la survie, ici, pas d’eau courante, pas d’électricité, pas de routes, quelques chemins sont entretenus à force coups de machettes pour empêcher la végétation de reprendre le dessus. Dans cette communauté complètement isolée du reste du monde, les seules activités sont une agriculture de subsistance qui offre yuka et kikiski, coco, bananes et ananas, et la pêche. La nature généreuse a doté la communauté d’une source naturelle abondante d’eau potable dont l’accès a été facilité par des coopérants cubains dans les années 1900. La Terre mère offre également force mangues, citrons, pamplemousses, avocats et autres fruits qui permettent de diversifier l’alimentation en fonction des saisons.
La communauté composée de 400 habitants créoles et ramas est dispersée sur un vaste territoire tout au long du littoral jusqu'à la communauté de Punta de Aguila. Les maisons les plus éloignées sont situées à une à deux heures de marche de la plage d’arrimage à travers la jungle .
On a du mal à croire qu’au début du XXème siècle Monkey Point avait 2000 habitants et constituait un important port pour toute la région. La jungle cache encore des rails de voie ferrée et une locomotive rouillée. On a encore plus de mal à imaginer les conséquences d’un investissement iranien de 500 millions de dollars pour en faire un port d’eau profonde et le relier à la côte Pacifique par un canal sec !
Un tel projet jettera sans doute dans l'oubli les nuits densément étoilées qui font reflet la nuit au vol des lucioles, les baignades au clair de lune et d’orages dans une mer de plancton phosphorescent, délices qui récompensent généreusement la dureté de la vie à Monkey Point. Pourtant cette idée existe depuis plus de cent ans et resurgit en ce moment dans l’actualité, au cœur des bras de fer géopolitique entre la surpuissance américaine et le soi disant « Axe du mal »**.
Bientôt des photos de Monkey Point...
*barque creusee dans un tronc d'arbre
** un article detaille sur le sujet: http://www.mysanantonio.com/news/metro/stories/MYSA121607.01A.Nicaragua.297e041.html