El cielo y el infierno, Eduardo Galeano

Publié le par Julie

"Llegué a Bluefields, en la costa de Nicaragua, al día siguiente de un ataque de la contra. Había muchos muertos y heridos. Yo estaba en el hospital cuando uno de lo sobrevivientes del tiroteo, un muchacho, despertó de la anestesia: despertó sin brazos, miró al médico y le pidió:

-Máteme.

Me quedé con un nudo en el estómago.

Esa noche, noche atroz, el aire hervía de calor. Yo me eché en una terraza, solo, cara al cielo. No lejos de allí, sonaba fuerte la música. A pesar de la guerra, a pesar de todo, el pueblo de Bluefields estaba celebrando la fiesta tradicional del Palo de Mayo. El gentío bailaba, jubiloso, en torno del árbol ceremonial. Pero yo, tendido en la terraza, no quería escuchar la música ni quería escuchar nada, y estaba tratando de no sentir, de no recordar, de no pensar: en nada, en nada de nada. Y en eso estaba, espantando sonidos y tristezas y mosquitos, con los ojos clavados en la alta noche, cuando un niño de Bluefields, que yo no conocía, se echó a mi lado y se puso a mirar al cielo, como yo, en silencio.
Entonces cayó una estrella fugaz. Yo podía haber pedido un deseo; pero ni se me ocurrió.

Y el niño me explicó:

- ¿Sabes por qué se caen las estrellas? Es culpa de Dios. Es Dios, que las pega mal. Él pega las estrellas con agua de arroz.

Amanecí bailando."



El libro de los abrazos, Editorial Pehuén

Eduardo Galeano

[Traduction improvisée pour que vous puissiez tous en profiter…]

« Je suis arrivé à Bluefields, sur la côte [ndlt: Caraïbe] du Nicaragua, le lendemain d'une attaque des contras. Il y avait beaucoup de morts et de blessés. Je me trouvais à l'hôpital lorsqu'un des survivants de la fusillade, un jeune gars, se réveilla de l'anesthésie, se réveilla sans bras, regarda le médecin et lui demanda:

- Tue moi.

Ça m'a fait un nœud dans l'estomac.

Cette nuit, nuit atroce, l’air était bouillant. Je me suis posé à une terrasse, seul, la face vers le ciel. Pas loin de là, la musique tonitruait. Malgré la guerre, malgré tout, le peuple de Bluefields célébrait le traditionnel Palo de mayo. La foule dansait, allégrement, autour de l’arbre cérémoniel. Mais moi, étendu sur la terrasse, je ne voulais pas entendre la musique, je ne voulais rien entendre, j’essayais de ne plus sentir, ne plus me souvenir, ne plus penser : à rien, à rien de rien. J’en étais là, à chasser les sons et la tristesse et les moustiques, les yeux rivés là haut dans la nuit, quand un gamin de Bluefields, que je ne connaissais pas, se posa à côté de moi, et se mit, comme moi, à regarder le ciel en silence. Alors, une étoile filante tomba. J’aurais pu faire un vœu, mais ça ne m’a même pas traversé l’esprit.

Le gamin m’expliqua :

-                      Tu sais pourquoi les étoiles tombent ? C’est à cause de Dieu. C’est Dieu, Il les colle mal. Il les colle avec de l’eau de riz.

 

Au lever du jour, je dansais. »


 
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